Malparlage ivoirien, doit-on en rire ou en pleurer?

Article : Malparlage ivoirien, doit-on en rire ou en pleurer?
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1 avril 2019

Malparlage ivoirien, doit-on en rire ou en pleurer?

Malparlage, de quoi on parle ?

Pour ceux qui ne sont pas du coin, commençons par un petit glossaire pour toute de suite vous mettre dans le bain. C’est quoi le malparlage ? Selon le dictionnaire classique abidjanais (pas la peine de chercher le dictionnaire dans une librairie, vous ne le trouverez pas), le malparlage tire son origine de deux mots : « mal » et « parler ». Ainsi, le malparlage est l’art de parler mal, de répondre par la meilleure invective, quitte à être grossier ou vulgaire, afin d’avoir le maximum de réaction (like, d’autres commentaires) sur les réseaux sociaux.

Maintenant que vous savez ce que c’est, à nous aller !

Le phénomène existe sur les réseaux sociaux ivoiriens depuis des années. Bon nombre d’internautes de pays africains francophones (Burkina Faso, Mali, Guinée et Cameroun surtout) savent depuis longtemps qu’il ne faut pas avoir affaire aux ivoiriens car « si c’est buzz vous chercher, on va vous donner », comme on dit à Abidjan. Ce phénomène a pris une autre tournure depuis le boom des pages et groupe ivoiriens sur facebook. Des pages telles que « frist magazine et frist mag », « rumeurs d’abidjan », etc ou bien des groupes commes « ODCI » ou « OLCI ». Pages et groupes qui sont suivis par des milliers d’ivoiriens mais surtout par beaucoup de facebooker africains francophones.

Au début c’était amusant…

Au début c’était bien amusant de remarquer les publications et commentaires ivoiriens. Comme on dit ici à Abidjan, « quand c’est ivoirien qui a écrit, on sait ». Cela dénotait d’une originalité bien de chez nous et amusait la galerie. Nos frères Kamers (Camerounais) en savent quelque chose.

Mais là, on ne rigole plus…

Depuis quelque temps, l’art de répondre de façon circonstanciée a laissé place à l’art de chercher le buzz par tous les moyens. L’ivoirien est celui qui ris de tout, qui tourne tout à la dérision, qui se moque de tout, dans le but de se faire des likes.

Vos postez votre sujet sérieux dans l’optique d’avoir soit une solution ou tout au moins des orientations ou retours d’expérience, vous verrez un malparleur venir vous sortir une tirade tout droit sortie de son cerveaux tordu à la recherche de buzz.Ensuite quelqu’un viendra le rappeler à l’ordre en sous commentaire, un autre viendra traiter ce dernier de donneur de leçon, ainsi de suite…

malparlage225
Juste pour un rien
source: malparlage225

A la fin, le « chercheur de buzz » aura eu raison de votre publication car au lieu de se concentrer sur la publication qui peut s’avérer importante, les regards sont tournés vers les commentaires les plus ironiques, les plus virulents. C’est tellement devenu un fait coutumier des réseaux sociaux « chez nous ici » que des pages sont crées pour recenser les meilleures « frappes ». Des pages comme « malparlage225 ».

malparlage225
l’art d’être le plus virulent
Source: malparlage225

Et les administrateur de ces groupes?

Avec l’arrivée des smartphones et l’internet portable, tout le monde peut créer une page ou un groupe facebook. Cependant, ce que tout le monde ignore, c’est la responsabilité qu’incombe la création de cette page ou de ce groupe. Et pourtant, « le rôle de d’administrateur manager est notamment caractérisé par des droits et des obligations. Il est chargé de veiller à ce qu’aucune violation des droits des individus, d’auteur ou liée à la marque ne soit portée. Donc, ils sont aussi responsables si des délits effectués dans le cadre de la liberté d’expression se produisent sur la page (incitation à la haine, racisme, homophobie, etc.). Fondamentalement, un administrateur gestionnaire Facebook est le responsable principal de la page, notamment au niveau légal ». Source : fr.ryte.com

Les commentateurs ne sont pas pour autant épargnés. En effet, tenir des propos haineux ou s’attaquer à des personnes sur les réseaux sociaux peuvent vous valoir la prison. Et dans ce domaine, il existe déjà une jurisprudence en Côte d’Ivoire. Un individu a déjà été condamné pour avoir tenu des propos haineux sur Facebook comme le relate africanews.fr

Sans considération politique aucune, une député de la république a fait une peine de prison pour des propos tenus sur tweeter. Cela démontre bien de l’importance ou de la responsabilité de chaque publication, chaque commentaire et même chaque like sur les réseaux sociaux; ce que semble ignorer la plupart des internautes.

Il est vrai qu’on milite tous pour la liberté d’expression mais il est aussi vrai que chacun doit se sentir responsable de ce qu’il publie, ce qu’il commente et ce qu’il partage.

La liberté d’expression via les médias doit se faire dans le respect de l’article 3 de la Loi n° 2017-868 du 27 décembre 2017 portant régime juridique de la communication audiovisuelle.

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Commentaires

Mawulolo
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Tout comme les trolls quand on gère une page...
C'est bien dommage...

leclubdelaraison
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Oui c'est bien dommage. Surtout quand on pense au pouvoir que représente les réseaux sociaux.